CHAPITRE IV - Séduction d'une jeune fille en vue du mariage
(Voir App. 1).
Un homme pauvre mais de bonnes qualités (caste, beauté, science), un
homme de famille infime et n'ayant que des qualités médiocres, un riche
voisin, un jeune homme sous la tutelle de son père, de sa mère ou de ses
soeurs, ne peuvent se marier qu'avec une jeune fille dont ils se sont
efforcés de gagner le coeur, depuis son enfance.
Ainsi, un jeune garçon qui vit chez son oncle essaiera de s'attacher la
fille de cet oncle, ou quelqu'autre jeune fille dans la maison ou dans
les maisons qu'il fréquente, quand bien même elle aurait été promise à
un autre.
«Cette conduite, dit Gopotamoukkà, est légitime dans tous les cas;
car elle conduit toujours à l'accomplissement du Dharma (le devoir
religieux).»
Quand un jeune garçon aura ainsi jeté son dévolu ou son amour sur une
jeune fille, il s'efforcera constamment de lui plaire par tous les
moyens en son pouvoir.
Quand il s'aperçoit qu'elle l'aime, il se consacre tout entier à
satisfaire tous ses goûts et à lui procurer tous les plaisirs qu'elle
recherche. Quand elle revient des fêtes, il lui offre des bouquets, des
guirlandes pour la tête, des ornements et des anneaux pour les oreilles.
Tout d'abord, il a soin de mettre dans ses intérêts la soeur de lait
de la jeune fille; puis il lui enseigne les soixante-quatre moyens de
jouissance sexuelle employés par les hommes, et lui vante ses talents en
ce genre.
Il est toujours bien habillé et paré et fait aussi bonne figure que
possible; car les jeunes filles s'éprennent des hommes de leur intimité
qui sont beaux, de bonne mine et toujours bien parés [42].
[Note 42: Voir au n° 8 de l'Appendice: «les Conseils d'Ovide.»]
Une jeune fille trahit toujours son amour par quelques signes ou actes
tels que les suivants. Elle ne regarde jamais l'homme en face et éprouve
de la gêne et de la honte quand il la regarde (App.2). Sous quelque
prétexte, elle lui montre ses membres; elle le regarde furtivement
quand il s'éloigne d'elle, baisse la tête quand il lui adresse quelque
question et lui répond avec trouble et par des phrases inachevées; elle
aime à rester longtemps dans sa compagnie, parle à ses suivantes sur
un ton particulier, afin d'attirer son attention lorsqu'il est à une
certaine distance, tient à ne point s'éloigner du lieu où il se trouve,
prend quelque prétexte pour lui faire regarder différents objets, lui
conte lentement des anecdotes pour prolonger la conversation avec lui;
elle baise et presse un enfant qu'elle tient assis sur ses genoux, fait
des gestes gracieux ou drôles lorsque ses soubrettes lui tiennent des
propos plaisants devant l'homme qui la captive, montre à ses amis de la
confiance, du respect et de la déférence, témoigne de la bonté à ses
serviteurs, les écoute attentivement lorsqu'ils lui parlent, ou parlent
à quelqu'autre de leur maître, se rend chez lui quand elle y est engagée
par sa soeur de lait ou par quelque avis de ses domestiques, pour
converser et jouer avec lui; elle évite d'être vue de lui en négligé,
lui fait remettre par quelque amie ses ornements d'oreilles, anneaux et
guirlandes de fleurs qu'il a demandé à voir; elle porte constamment
tous les objets dont il lui a fait présent, se montre désolée quand
ses parents lui parlent de tout autre prétendant, et se fâche contre
quiconque appuie un rival.
Voici quelques vers sur ce sujet:
«Celui qui a reconnu à des signes extérieurs les sentiments qu'une jeune
fille a pour lui, doit faire tout ce qu'il faut pour s'unir à elle.
Il captivera une toute jeune fille par des jeux enfantins; une grande
demoiselle, par ses talents (dans le Kama sans doute), et une personne
qui l'aime, par le moyen d'intermédiaires dans lesquelles elle ait
confiance.»
Quand l'amant possède le coeur de la jeune fille, il achève de la
séduire par divers moyens, tels que ceux-ci.
Quand il est avec elle, à quelque jeu ou quelqu'exercice, il lui prend
les mains avec une intention marquée; il pratique sur elle les divers
embrassements décrits dans le Soutra.
Parfois, il lui montre une découpure faite dans la feuille d'un arbre
et figurant deux amants accouplés; il s'extasie à la vue des nouveaux
boutons des fleurs et des feuilles nouvelles de la poussée de la sève, à
l'époque du renouveau (App. 2).
Il lui décrit ses tourments, lui raconte un beau rêve qu'il a fait au
sujet d'autres femmes.
Aux assemblées de la caste, il se place près d'elle, et, sous quelque
prétexte, il la touche, place son pied sur le sien, lui touche doucement
et progressivement les doigts d'un pied avec les siens et les presse
avec le bout de ses ongles.
S'il n'est point repoussé, il prendra ensuite ses pieds avec la main
et les serrera délicatement. Il lui pressera aussi un doigt de la main
entre ses doigts de pied, quand il lui arrivera de se lever; toutes
les fois qu'il recevra d'elle ou lui donnera quelque objet, il lui
manifestera, par ses manières et l'expression de ses regards, tout
l'amour qu'il ressent pour elle. Il jettera sur elle l'eau qu'on lui
aura apportée pour se rincer la bouche (App. 4).
Quand il se trouvera avec elle dans un lieu isolé, il lui fera des
caresses amoureuses en lui peignant sa passion, sans cependant la
troubler ou la blesser en quoi que ce soit.
Toutes les fois qu'il sera assis à côté d'elle sur le même banc ou
le même lit, il l'emmènera à l'écart en lui disant qu'il a besoin de
l'entretenir en particulier, et alors il lui exprimera tout son amour
par des signes plutôt qu'avec des paroles. Il lui prendra la main et
la placera sur son front; si elle est chez lui, il l'y retiendra sous
prétexte de préparer pour lui-même quelque médication qui ne peut être
efficace que si elle-même y met aussi la main.
Quand elle s'en ira, il la priera instamment de revenir le voir, et
lorsque, devenue familière, elle le visitera souvent, il aura avec elle
de longues conversations; «car, dit Gothakamouka, quel que soit l'amour
d'un homme pour une femme, il ne réussit auprès d'elle qu'à force de lui
parler (App. 5).
Enfin, quand il voit que la jeune fille est complètement subjuguée, il
peut commencer à en jouir.
Quand un homme ne pourra à lui seul atteindre ce résultat, il emploiera
la soeur de lait de la jeune fille (App. 6).
Celle-ci la décidera à venir le voir chez lui et tout se passera alors
comme il vient d'être dit.
A défaut de soeur de lait, il enverra vers elle une de ses servantes qui
se fera l'amie de la jeune fille et travaillera pour lui.
Il fera en sorte de se rencontrer avec elle dans toutes les réunions
publiques et privées, et quand il se trouvera en tête-à-tête avec elle,
il en jouira. «Car, dit Vatsyayana, en temps et lieu propices, la femme
ne résiste point à celui qu'elle aime (App. 7).
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