CHAPITRE VI - Formes du mariage.
1° Quand la jeune fille qu'un jeune homme a séduite est entièrement à
lui, il se comporte publiquement avec elle comme avec une épouse; il
fait apporter de la maison d'un brahmane le feu consacré, répand sur la
terre l'herbe Kousha, fait une oblation au feu et se marie selon les
prescriptions religieuses relatives à ce genre de mariage, sans témoin.
Après la cérémonie, le jeune homme informe les parents de la jeune fille
du fait accompli. D'après les anciens auteurs, le mariage contracté
en présence du feu est indissoluble. On en fait part aussi à tous les
parents des conjoints, et on s'efforce d'obtenir leur assentiment.
Tel est le mariage selon le mode des Gandharvas.
Lorsqu'une jeune fille ne peut suivre ou ne veut pas déclarer son
intention de se marier avec lui, l'amant l'obtiendra de l'une des
manières suivantes.
Par le moyen d'un intermédiaire il attirera la jeune fille chez lui sous
quelque prétexte, et lorsqu'elle sera venue, il fera apporter de la
maison d'un brahmane le feu consacré et procédera au mariage comme il
est dit plus haut.
Lorsque la jeune fille qu'il désire doit en épouser un autre
prochainement, il perdra son rival dans l'esprit de la mère, et, de
connivence avec celle-ci, il fera venir la fille dans une maison du
voisinage où il aura fait apporter le feu consacré, et procèdera à son
mariage comme il est dit plus haut.
Ou bien il opérera de la même manière avec la connivence du frère de
la jeune fille, qu'il aura mis dans ses intérêts par tous les moyens
possibles.
(Ces cas peuvent se rattacher au mode des Gandharvas; le consentement de
la jeune fille est supposé exister tacitement).
2° Avec la connivence de la soeur de lait de la jeune fille, il fait
endormir ou enivrer celle-ci, et l'amène dans quelque endroit sûr, et là
il en jouit. A son réveil, il accomplit la cérémonie religieuse (c'est
là le mode dit des Vampires, de Manou).
3° Quand la jeune fille se rend à un jardin public ou à un village du
voisinage, l'amant tombe sur les hommes qui la gardent, les met en fuite
ou les tue, puis il enlève la jeune fille et procède ensuite au mariage.
C'est le mode dit des géants; d'après Manou, celui des Ksha tryas ou
guerriers; il rappelle l'enlèvement des Sabines et celui des nobles
Damoiselles, au moyen âge [44].
La conclusion de Vatsyayana, conforme à la loi de Manou, est que chacun
des divers modes de mariages ci-dessus mentionnés est préférable à tous
ceux qui viennent après dans l'ordre suivi.
On ne doit recourir à l'un d'eux que quand tous ceux qui le précèdent
dans l'énumération donnée sont d'une application impossible.
[Note 44: Il est à remarquer que, parmi ces modes de mariage décrits par
le Kama Soutra, il n'en est pas un seul qui ne renferme quelque chose de
malhonnête. Le P. Gury, _Th. mle_. 837, dit:
«L'enlèvement consiste à emmener par violence une femme d'un lieu dans
un autre où elle est au pouvoir du ravisseur pour cause de mariage.
«L'enlèvement annule le mariage entre le ravisseur, c'est-à-dire celui
pour lequel on enlève la femme, et la femme enlevée.»]
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