CHAPITRE II - Des intrigues du roi.
Le roi ne se contente pas toujours de ses épouses; il a aussi des
caprices, même pour des femmes mariées.
Le roi et les ministres ne vont jamais chez les sujets; ceux-ci ont
toujours les yeux fixés sur eux pour les imiter. En conséquence, ils ne
doivent faire publiquement aucun acte qui puisse être censuré. Un poète
a même écrit:
«Un roi qui a à coeur le bien de son peuple, respecte toutes les femmes
des autres.
«Un roi qui triomphe des six ennemis de l'homme conquiert toute la terre
(les six péchés capitaux de l'Inde; la gourmandise est inconnue
des Orientaux; et la paresse consiste pour eux dans l'_ignorance
spirituelle_).»
Quand le roi juge bon d'écarter ce scrupule, il doit agir de l'une des
manières suivantes [45].
[Note (45): Les casuistes hindous ont toujours, pour dispenser de tout
scrupule en amour, une raison péremptoire à leurs yeux: la nécessité de
ne pas mourir d'amour.]
A certaines époques, les femmes des villes et des villages visitent les
épouses du harem, et passent la nuit dans leurs appartements à converser
et se divertir, puis s'en vont le matin.
Une dame du service du roi, qui s'est liée à l'avance avec la belle que
le roi désire, l'engage le matin, au moment où elle va s'éloigner, à
visiter avec elle, en détail, le palais. Dans un à parte, elle emploie
toutes les ressources de son esprit à la persuader de répondre aux
désirs du roi. Si elle éprouve un refus, elle n'en laisse voir aucun
déplaisir, se montre toujours très courtoise, lui fait accepter des
présents dignes d'un roi, l'accompagne à une certaine distance du palais
et la congédie en termes très affectueux.
La personne que désire le roi peut aussi venir au harem sur l'invitation
de l'une des épouses du roi, qui aura fait sa connaissance par
l'intermédiaire du mari ou d'une des suivantes des femmes du harem.
Surviendra alors l'affidée du roi, qui agira comme il est dit ci-dessus.
Ou bien la première épouse du roi, sous prétexte de se faire enseigner
par elle quelque talent, mandera au palais la femme convoitée.
Ou si le mari de cette femme a quelque chose à redouter du roi ou d'un
ministre, elle la décidera, à l'aide d'un intermédiaire, à venir au
palais solliciter sa protection. Les choses se passeront ensuite comme
dans les cas précédents.
On agira de même, si le mari de la femme est dans le besoin ou
l'oppression; ou s'il sollicite quelque chose ou aspire à la faveur
du prince, ou veut s'élever, ou bien s'il est tenu à l'écart par les
membres de sa caste, ou si c'est un espion au service du roi.
Si la personne désirée par le roi vit avec un homme qui n'est pas son
mari, le roi la fait arrêter, la fait déclarer esclave pour inconduite
et la place au harem.
Si la femme convoitée est régulière, l'ambassadeur du roi, à son
instigation, dénonce le mari; puis on fait emprisonner la femme, comme
étant l'épouse d'un ennemi du roi; ensuite, on la fait entrer au harem.
(Ces deux procédés se passent de commentaires, le dernier surtout).
Un roi ne doit jamais aller chez un sujet pour une intrigue amoureuse,
plusieurs rois ont payé de leur vie cette imprudence.
Certains usages locaux favorisent les amours royales.
Chez les Andras, le roi exerce le droit du seigneur;
Chez les Vatsagoulmas, les femmes des ministres servent le roi la nuit;
Les Vaïdarbhas qui ont de belles femmes, les envoient, par amour pour
leur prince, passer un mois au harem;
Chez les Aparatakas, ceux qui avaient de belles femmes les donnaient en
présent aux ministres du roi;
Enfin, dans le pays des Sourashtras, les femmes de la ville et de la
campagne entrent au harem pour le plaisir du roi, soit individuellement,
soit par groupes.
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