CHAPITRE III - Intrigues des femmes du harem.
Les femmes du harem sont sévèrement gardées et ne peuvent voir aucun
homme (App. 1 et 2). Presque toutes brûlent de désirs qu'elles satisfont
entre elles, par des procédés indiqués au chapitre de l'auparishtaka, et
au moyen desquels la femme peut remplacer l'homme[46].
[Note 46: La titillation et la succion des mamelons, ainsi que nous
l'avons vu, déterminent constamment l'érection du clitoris, et la
friction de cet organe simultanée avec la succion forte des mamelons
amène nécessairement le spasme _génésique_.]
Elles ont encore recours aux moyens suivants.
Elles habillent en homme leur soeur de lait, leurs amies et leurs
suivantes, et se font caresser l'yoni à l'aide de végétaux tendres
(fruits ou racines), qui ont ou reçoivent la forme et les dimensions
d'un linga, ou bien elles embrassent une statue dont le linga est figuré
en érection (App.).
Des moyens inverses sont employés par certains hommes (voir dans Lucien
l'outrage fait par un jeune homme à la Vénus de Paros dont il était
amoureux).
Parfois, et avec l'aide de leurs suivantes, les femmes du harem y
introduisent des hommes déguisés en femme. Leurs soeurs de lait et leurs
affidées s'efforcent de décider des hommes à venir au harem, en leur
vantant la bonne fortune qui les y attend; elles leur décrivent
l'intérieur du palais, les facilités pour s'y introduire et en sortir;
elles indiquent les fortes saillies des corniches, les grandes
dimensions des portiques, des corridors et des issues, la négligence des
sentinelles et les absences fréquentes des gardiens du harem. Mais ces
émissaires ne doivent jamais tromper un homme pour le décider à tenter
l'aventure, car cela entraînerait probablement sa mort.
Quant à l'homme, il fera bien de ne point s'introduire dans le harem à
cause des terribles mésaventures auxquelles il s'expose.
Si toutefois il s'y détermine, il devra reconnaître s'il y a une sortie
assurée, si le jardin de plaisance ou bien un mur de ronde entoure
étroitement le harem (App. 1), si les sentinelles manquent de vigilance
et si le roi est parti en voyage. Dans ce dernier cas, lorsqu'il sera
appelé par les femmes du sérail, il observera avec soin les lieux, et
entrera de la manière que les femmes lui auront indiquée. S'il est
adroit et avisé, il parcourra chaque jour les environs du harem, se
liera avec les sentinelles, se fera l'ami des femmes de service du
sérail qui peuvent avoir connaissance de son dessein et leur témoignera
son regret de ne pouvoir l'exécuter.
Enfin, il prendra pour entremetteuse une femme qui a ses entrées au
harem, et il s'étudiera à connaître les espions du roi.
Si l'entremetteuse ne peut entrer au harem, il se tiendra à quelque
endroit d'où il peut voir la femme qu'il aime.
Si cet endroit est gardé par des sentinelles, il se déguisera en prenant
le costume d'une suivante de la femme désirée, qui vient ou passe par
cet endroit.
Quand la femme le regardera, il lui fera connaître ses sentiments par
des gestes et des signes, lui fera voir des dessins à double sens, des
guirlandes de fleurs et des anneaux.
Il observera avec beaucoup d'attention les signes qu'elle fait, ses
gestes ou ses paroles; et alors il essaiera de pénétrer dans le palais.
S'il est certain qu'elle vient dans quelque lieu particulier, il s'y
cachera, et, au moment fixé, il entrera au harem avec elle, comme s'il
était un des gardiens.
Il peut aussi entrer et sortir dans un lit plié, ou dans une couverture
de lit, ou bien se rendre _invisible_: pour cela il lui suffit de se
frotter les yeux avec un collyre obtenu en mêlant avec une quantité
égale d'eau les cendres provenant de la combustion, sans fumée, d'une
mangouste, des yeux d'un serpent et du fruit de la longue courge
tumbi!!!
Duyana, les brahmanes et les yoguis, donnent encore d'autres moyens de
se rendre invisible.
L'homme peut aussi, pour entrer au harem, saisir l'occasion de la fête
de la huitième lune, pendant laquelle les femmes de service du palais
sont toutes très affairées et en désarroi.
On introduit des jeunes gens au harem, ou on les en fait sortir,
lorsqu'on y apporte ou on en fait sortir du mobilier, ou pendant les
fêtes où l'on prend des boissons et des rafraîchissements, quand les
femmes de service sont extraordinairement occupées et pressées, ou quand
on déplace une des épouses, ou quand on les conduit aux jardins publics
ou aux fêtes, ou bien lors de leur retour au palais, ou enfin quand le
roi est parti pour un lointain pélerinage.
Les femmes du harem connaissent mutuellement leurs secrets, et comme
elles ont toutes le même but, elles s'entraident.
Un jeune homme qui est l'amant de toutes peut continuer ce commerce très
longtemps sans être découvert.
Chez les Aparatakas, les épouses du roi ne sont pas bien gardées, et les
femmes qui ont accès dans le harem y introduisent avec elles beaucoup de
jeunes gens.
Les épouses royales du pays d'Ahira se livrent aux kshatriyas mis en
sentinelle dans le harem.
Celles du pays des Vatsagoulmas font venir au harem, à l'aide de
messagères, des hommes qui peuvent leur plaire.
Chez les Vaïdharbas, les fils des épouses royales ont leur entrée au
harem et sont les amants de toutes les épouses, excepté de leur mère.
Dans le Stri radjyas, les femmes du roi ont pour amants les hommes de sa
caste et de sa famille.
Au pays de Ganda, elles se donnent aux brahmanes, à leurs amis, à leurs
serviteurs et esclaves.
Dans le Sandhava, à leurs domestiques, marmitons, etc.
Chez les Haïmavat, des hommes hardis corrompent les sentinelles et
entrent au harem.
Chez les Vanyas et Kalmyas, les brahmanes, au su du roi, entrent au
harem avec des bouquets pour les épouses, conversent avec elles derrière
un rideau, et des doux propos passent aux doux exercices.
Enfin, les femmes du roi de Prashyas cachent dans le harem un jeune
homme pour chaque groupe de femmes.
Prec Sommaire Suivant